Les "lanceurs d'alerte" français en quête d'un cadre législatif protecteur |
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| 09-04-2008 | |
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Car la question de l'expertise scientifique, destinée à évaluer un risque éventuel, et de son indépendance à l'égard des intérêts particuliers, est naturellement soulevée. Dans le cadre de la mission sur la gouvernance écologique que lui avait confiée Jean-Louis Borloo, en charge du ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire (Medad), Corinne Lepage a rendu, le 1er février, un rapport sur l'information environnementale, l'expertise et la responsabilité. Elle fait douze propositions concernant les lanceurs d'alerte, qu'elle a rappelées lors du colloque. L'information du public y est considérée comme un devoir, ce qui implique un devoir d'alerte, accompagné de la création d'un délit de rétention d'information quand le risque est avéré. Un tel délit se serait appliqué aux cigarettiers qui disposaient d'études sur les dangers du tabac et les ont dissimulées. Comment être sûr de la qualité de l'expertise, comment associer la société civile et comment gérer les conflits d'intérêts ? Compte tenu des crédits alloués à la recherche publique, a indiqué Mme Lepage, on ne peut se passer des compétences existant dans le secteur privé, mais il faut bien savoir qui parle et pour qui un expert travaille. L'ex-ministre de l'environnement défend une expertise pluridisciplinaire assise sur le débat contradictoire et souligne l'importance des tiers experts, qui n'ont pas de liens financiers. Il faut, selon Mme Lepage, formaliser le devoir d'alerte dans le cadre du travail et organiser en interne une procédure qui permette de recevoir et de traiter l'alerte, ce qui suppose qu'il y ait une personne désignée à cet effet dans l'entreprise. L'externalisation de l'alerte ne devrait alors se faire que dans deux cas : lorsqu'il n'existe pas de procédure interne sur le lieu de travail et lorsque l'alerte lancée n'a pas été traitée, dans un délai à déterminer. L'absence de suites données à l'alerte peut entraîner la mise en cause de la responsabilité de la personne morale, a estimé l'ancienne ministre. Elle prône également, lorsqu'une alerte a été lancée, la suspension du risque de développement qui permet à une entreprise de s'exonérer de sa responsabilité si elle a commercialisé un produit dont elle ignorait à ce moment-là la nature défectueuse. Comme l'ont défendu plusieurs orateurs, Mme Lepage souhaite la création d'une Haute Autorité de l'expertise, qui aurait à charge de traiter les alertes externalisées du cadre du travail en respectant la confidentialité. Elle aurait à évaluer dans quelle mesure l'alerte ne résulte pas d'une volonté de nuire. En cas d'abus, ce qui ne veut pas dire toute alerte infondée, a-t-elle précisé, la procédure relative aux dénonciations calomnieuses pourrait être utilisée. Le rapport Lepage suggère que la protection des lanceurs d'alerte s'inspire des dispositions de la loi du 13 novembre 2007 relative à la lutte contre la corruption, une suggestion là encore avancée par plusieurs orateurs lors du colloque. J'ignore le sort qui sera réservé à mes propositions et j'ai des inquiétudes quant à la dureté des réactions des représentants de l'UMP, a déclaré Corinne Lepage. Evoquant la refonte du Medad, Corinne Lepage a le sentiment que l'espoir très ancien du ministère de l'équipement d'absorber l'environnement va devenir réalité. Marie-Christine Blandin a elle aussi fait part de ses craintes après avoir vu le Grenelle de l'environnement se fracasser sur la majorité UMP lors du débat sur les OGM. Selon les informations qu'elle a obtenues auprès du Medad, une loi-cadre traduisant le Grenelle de l'environnement doit être présentée par le gouvernement au cours du printemps, qui listera tous les sujets à décliner. La protection des lanceurs d'alerte en ferait partie, mais ne serait pas incluse dans les premiers textes législatifs que le gouvernement présenterait en juin-juillet.Source Le Monde ; Par Paul Benkimoun
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