Un « happening écologique » : devant les députés, mercredi, Jacques Attali n'a pas mâché ses mots pour qualifier le Grenelle de l'environnement. Venu présenter les conclusions de son rapport sur « la libération de la croissance française », l'ancien conseiller du président François Mitterrand a lancé : « Beaucoup de choses dites lors du Grenelle de l'environnement sont de fausses promesses parce qu'elles ne sont pas financées. » Ces propos, comme l'absence manifeste de préoccupation environnementale dans le rapport, irritent fortement les écologistes.
Ancienne ministre de l'Environnement, Corinne Lepage observe que « le rapport n'a pas intégré la logique de la crise des ressources naturelles ». Elle s'insurge contre la volonté de Jacques Attali de repenser le principe de précaution et toute libéralisation du développement des grandes surfaces. « Ce genre de démarches peut avoir des conséquences lourdes. La France est déjà le pays qui compte le plus de grandes surfaces. Cela a conduit à la dégradation des centre-villes », ajoute-t-elle.
Même regret du côté de Noël Mamère, pour qui ce rapport envisage le réchauffement climatique comme un enjeu « subalterne ». Pour le député Verts, les Ecopolis sont assimilables à « des parcs naturels, des réserves où on ne touche à rien, alors qu'à côté on fait tout ce que l'on voudra ». Serge Orru, directeur général du WWF France, parle de son côté d'une pensée « dépassée », centrée sur la croissance, alors que « nous sommes dans un monde fini ». Pour lui, le coût écologique d'un produit doit être pris en compte dans la détermination de sa valeur.
Le ministère calme le débat
Bettina Laville, conseiller d'Etat, spécialiste des questions de développement durable, est moins sévère. Tout en regrettant que le rapport n'explique pas comment on peut conjuguer croissance et durabilité, l'ancienne conseillère de Lionel Jospin se réjouit qu'il reconnaisse l'importance des énergies renouvelables, se dise favorable à la dématérialisation de l'administration et à la suppression de l'échelon départemental. Mais elle considère qu'il serait préférable de développer les Ecopolis dans les centres urbains existants.
Faut-il opposer le rapport Attali au Grenelle de l'environnement ? Au ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables, on tente de calmer le débat. Il n'est pas possible de comparer un simple rapport d'experts, « aussi intelligents soient-ils », avec la démarche du Grenelle dont le financement sera mis en place dans le cadre de la loi de programme au printemps. « A première vue, nous n'avons pas de divergence de fond avec le rapport si ce n'est sur le principe de précaution », expliquait, hier, l'entourage de Jean-Louis Borloo, se réjouissant de la volonté de Jacques Attali de placer la France au premier rang des puissances écologiques.
Source Les Echos ; Par JULIE CHAUVEAU





Le rapport sur « la libération de la croissance française » est accusé de ne pas prendre en compte les dangers du réchauffement de la planète. Le ministère de l'Ecologie tente de calmer le jeu.
