Bruxelles maintient la fermeture de la pêche au Thon en Méditerranée

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Écrit par Anne MARQUETTE   
26-06-2008

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Le forcing du gouvernement français au sujet de la pêche, et du coût du gazole, place Michel Barnier en porte-à-faux vis-à-vis de ses interlocuteurs européens. A quelques jours du début de la présidence française de l'Union, le ministre de l'agriculture et de la pêche est de nouveau monté au créneau, mardi 24 juin au Luxembourg, pour défendre les intérêts des pêcheurs français, mais ses prises de position n'ont pas toujours convaincu.

Tout en cherchant à calmer le jeu, M. Barnier a continué de contester les estimations qui ont incité la Commission à fermer la pêche au thon rouge en Méditerranée depuis le 16 juin dernier. A l'exception de l'Italie, où l'on menace de porter plainte contre la Commission, personne ne souhaite revenir sur cette mesure destinée à préserver une espèce menacée. "Nos chiffres montrent clairement que les quotas nationaux ont été épuisés", a répété Joe Borg, le commissaire en charge du secteur, très soucieux d'éviter la surpêche systématique constatée l'an dernier.

 Les ministres ont examiné les grandes lignes du plan d'aide d'urgence aux pêcheurs annoncé par la Commission européenne, sous la pression de Paris. Aucune décision définitive n'est cependant attendue à ce sujet avant le "conseil pêche" que M. Barnier sera chargé de présider, fin septembre. Certaines mesures, comme le relèvement du plafond des aides nationales, de 30 000 à 100 000 euros sur trois ans par entreprise, devraient susciter de vifs débats entre les pays du Sud les plus touchés par la grogne des pêcheurs contre l'envolée des prix du carburant, et les Etats nordiques plus libéraux. Ces derniers critiquent toute nouvelle aide, et militent, à l'instar de la commission, pour la réduction des capacités de pêche.

Mardi, M. Barnier a cherché à minimiser les contentieux qui se sont multipliés en quelques jours entre le gouvernement français et Bruxelles, au sujet du pétrole, des négociations en cours au sein de l'Organisation mondiale du commerce, ou de la pêche. "Je ne cherche pas du tout à mener une guérilla contre la Commission", a affirmé l'ancien membre de l'exécutif européen. "Il ne faut pas dramatiser les moments de tension, et de discussion", a-t-il observé : "Il ne s'agit pas d'un durcissement". Après avoir parlé ces derniers jours d'un "problème de confiance" avec la Commission européenne, le ministre a assuré ne pas avoir l'intention de mettre en cause une institution qui doit, dit-il, rester "forte".

"DONNER DES GAGES" 

A Bruxelles, l'attitude de M. Barnier a d'autant plus surpris qu'il ambitionne de retrouver un siège de commissaire, si Nicolas Sarkozy y consent, lors du renouvellement de l'exécutif européen, courant 2009. Pour expliquer cette posture, les uns considèrent que le ministre de l'agriculture doit "donner des gages" au chef de l'Etat, sur un terrain où celui-ci n'a pas hésité depuis son élection à le court-circuiter pour mettre en cause les quotas européens de pêche, ou annoncer des mesures de soutien au secteur. Le volontarisme européen du président de la République, qui a eu lui aussi du mal vendredi 20 juin à Bruxelles à convaincre ses homologues de la nécessité d'agir contre la hausse du carburant, a été conforté par le non irlandais au traité de Lisbonne. Mais à chaque fois, M. Barnier, doit déployer, à l'instar du secrétaire d'Etat aux affaires européennes Jean-Pierre Jouyet, des trésors de diplomatie pour tenir les promesses présidentielles sans braquer les eurocrates. D'autres observent que le ministre se doit d'être particulièrement attentif aux problèmes des pêcheurs, à l'avant-veille des élections européennes de juin 2009. M. Barnier devrait conduire dans le Sud-est de la France la liste UMP, dont la composition sera supervisée par l'Elysée. Une éventuelle élection lui permettrait de réaliser un vieux rêve : revenir à Bruxelles.


Source : Le Monde ; Par Philippe Ricard (au Luxembourg) avec Laeticia Clavreul 

 

 

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