Voyage dans la poubelle du Pacifique

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Écrit par Anne MARQUETTE   
19-03-2008
L'endroit où les prélèvements ont été effectués, aussi grand que le Texas, est baptisé Eastern Garbage Patch, la "poubelle de l'est" du Pacifique. Quelle est la superficie totale de cette "poubelle" ? "Nous ne le savons pas, répond Charles Moore. L'eau est toujours en mouvement, la pollution est donc très difficile à mesurer. J'ai parcouru 150 000 kilomètres à bord de l'Alguita dans le Pacifique nord, et j'ai trouvé du plastique partout."

Le dernier voyage de l'Alguita laisse augurer une aggravation. "C'était vraiment choquant de voir qu'à chaque prélèvement nous remontions systématiquement du plastique", observe Jeffery Ernst, 22 ans, tout juste diplômé de biologie marine, embarqué volontaire. Les fragments, prélevés à l'aide d'une épuisette très sophistiquée, devront être triés et classés dans 128 catégories, en fonction de leur type (fil, film, mousse, fragment, granulés), de leur taille et de leur couleur.

Le capitaine Moore n'est pas scientifique de formation, mais son travail est reconnu par les spécialistes de cette pollution. Car il va là où personne ne va, au milieu du Pacifique. "Il a démontré que cette pollution existait, c'est un pionnier", commente Anthony Andrady, spécialiste des polymères au Research Triangle Institute.

Selon M. Andrady, l'impact de cette pollution est aujourd'hui "sous-estimé". Quelque 245 millions de tonnes de plastique ont été produites dans le monde en 2006. Une partie, difficile à quantifier, aboutit à l'océan. La matière, très légère, est transportée par le vent, mais surtout par les fleuves et les systèmes d'évacuation des eaux urbaines. Sans oublier les déchets abandonnés sur les plages. Environ 80 % du plastique retrouvé en mer vient de terre. Seuls 20 % sont issus des navires.

Le plastique a beaucoup de qualités. Il est peu cher, pratique et très résistant. Trop résistant, justement, quand il échappe aux circuits de collecte et de destruction des déchets. Il semble indestructible dans la nature. "Personne ne sait combien de temps il met à disparaître complètement, explique M. Andrady. Il peut se fragmenter au point de se transformer en poudre, mais il est toujours là. Aucun micro-organisme n'est capable de le dégrader complètement. Tout le plastique qui s'est échappé dans l'environnement depuis qu'on en fabrique y est encore."

Impossible de nettoyer l'océan. "Cela reviendrait à essayer de passer le Sahara au tamis", dit Charles Moore. La seule solution, selon lui, est de développer le plastique recyclable, biodégradable, aujourd'hui très minoritaire, et de changer nos habitudes. "Nous devrions réserver le plastique aux objets dont nous voulons vraiment qu'ils durent."

Source Le Monde ; Par Gaëlle Dupont

Cliquez sur l'image pour visualiser une simulation ion du vortex des déchets dans l'océan

vortex des déchets - Greenpeace  



 

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