Quatre jours pour sauver les baleines

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Écrit par ALICE BOMBOY   
29-05-2007

baleine_a_bosseLes baleines, dont la chasse est interdite depuis plus de vingt ans, obtiendront-elles un nouveau sursis ? On peut le penser, mais la 59e session annuelle de la Commission internationale baleinière (CBI) devra toutefois le confirmer.

A Anchorage, en Alaska, la commission scientifique a présenté un tableau des populations de baleines à travers le monde. La ­suite de la réunion dépendra du rapport de forces entre pro et antichasse.

Le renouvellement des quotas de pêche aborigène sera très certainement au coeur des débats. Ils sont accordés tous les cinq ans aux populations indigè;nes qui pêchent traditionnellement la baleine, sans en faire le commerce. Au total : pas plus de 1 500 baleines pêchées entre 2003 et 2005 par les habitants d'Alaska, de Sibérie, du Groenland, et de Saint-Vincent-et-les-Grenadines.

Statuer sur ces quotas s'était révélé crucial en 2002. Pour la première fois, ils n'avaient pas été attribués par consensus. En effet, le Japon, en contrepartie de sa voix, avait demandé que soit autorisé un quatriè;me type de chasse justifié par le commerce local, la chasse côtière. Cette forme de chantage illustre bien toutes les difficultés que rencontre la CBI à faire dialoguer les camps anti et prochasse. Dans ce contexte, la stratégie du Japon, qui vise à rallier de nouveaux pays en échange d'aides bilatérales, peut remettre en cause l'équilibre entre les deux parties.

Si la levée du moratoire interdisant la chasse commerciale ne semble pas menacée à courte échéance (trois quarts des voix sont nécessaires), la majorité simple permet de mettre la main sur l'ordre du jour - et de supprimer les problè;mes liés à la conservation des baleines, estime Stéphane Louhaur, chef de la délégation fran­çaise. Un tel basculement des forces s'était produit l'an dernier et pour la première fois en vingt ans, en faveur des partisans de la chasse.

Signée en 1946, la convention baleinière internationale assurait la conservation des baleines tout en permettant un développement de l'industrie baleinière. Avec la surexploitation industrielle, la CBI a évolué vers une plus grande protection des baleines, en créant des sanctuaires et par l'entrée en vigueur d'un moratoire interdisant la chasse commerciale en 1986.

Mais la décision a légalement été contournée par des États qui ont déposé une simple objection au moratoire. C'est ainsi que la Norvège a repris la pêche commerciale dès 1993, rejointe par l'Islande en octobre 2006. Pas moins de 6 000 petits rorquals auraient été prélevés depuis 1993. Une autre brè;che a ouvert le droit à la chasse scientifique, qui aurait permis la capture de près de 10 000 de ces mammifè;res marins depuis 1986, essentiellement pour le compte du Japon et, dans une moindre me­sure, de l'Islande.

Incertitude scientifique

Deux camps opposés se sont ainsi progressivement constitués au sein de la CBI : les prochasse, emmenés par le Japon, la Norvège, l'Islande et le Danemark, qui considè;rent que les stocks de baleines se sont assez renouvelés pour qu'on puisse reprendre la pêche commerciale. Et les anti-chasse - la France, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis, etc. -, qui répondent que l'incertitude scientifique plane sur l'estimation des populations de cétacés.

Dans cette affaire, les défenseurs de la baleine peinent à comprendre les positions du Japon. Le Japon voit sûrement dans l'interdiction de la baleine le symbole de la restriction à venir des produits de la mer. Si on ne chasse plus la baleine aujourd'hui, on ne chassera plus le thon rouge demain, analyse Stéphane Louhaur.

La commission annuelle s'ouvre donc dans un climat de tensions, où les projets de nouveaux sanctuaires (voir infographie) seront certainement éclipsés par la menace de voir le Japon sortir de la convention. Il est préférable de garder ce pays à l'intérieur du processus, au moins on se rencontre une fois par an, convient-on aux ministères des Affaires étrangères.

 

Source Le Figaro par ALICE BOMBOY

 

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