Pavan Sukhdev : "Il faut donner un prix à la biodiversité" |
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| Écrit par Anne MARQUETTE | |
| 25-06-2008 | |
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Entretien Quand il ne dirige pas le département des marchés de la Deutsche Bank à Bombay (Inde), Pavan Sukhdev milite au Conservation Action Trust, une association de défense de l'environnement parmi les plus influentes en Inde. Cet économiste indien de 48 ans s'est mis en tête de convaincre les Etats de la fédération d'adopter une "comptabilité verte" pour guider des politiques de développement respectueuses de l'environnement. C'est certainement ce qui a fait la différence au moment de sélectionner le profil idéal pour diriger l'étude mondiale sur "l'économie des systèmes écologiques et de la biodiversité" commanditée par l'Union européenne. Après le rapport de Nicholas Stern en 2006, sur le coût du changement climatique, Pavan Sukhdev a été chargé d'éclairer la communauté internationale sur l'autre visage de la crise écologique. Son rapport final est attendu en 2010. Pourquoi est-il devenu urgent de donner un prix aux écosystèmes de la planète ? Il y a urgence parce que notre capital naturel disparaît à un rythme incompatible avec le développement durable. Notre bien-être, notre santé dépendent étroitement de la qualité des écosystèmes dont aujourd'hui nous jouissons le plus souvent gratuitement. Les premiers résultats de nos recherches montrent que si nous ne faisons rien pour corriger la tendance actuelle, 11 % des espaces naturels seront détruits d'ici à 2050 du fait de l'urbanisation ou de la conversion en terres agricoles.Il ne s'agit pas de mettre un frein au développement auquel aspirent de nombreux pays, mais nous devons avoir conscience des conséquences qu'entraînent certains choix. Le coût de la déforestation ne se limite pas aux pertes de recettes de l'exploitation forestière. En additionnant la disparition des ressources génétiques exploitées par la médecine, le rôle crucial que joue la forêt dans la régulation du climat, de la distribution d'eau, la prévention des inondations, de l'érosion... le coût se chiffre en centaines de milliards de dollars. Il faut donner un prix à la nature pour pouvoir la protéger. Quels services écologiques faut-il protéger en priorité ? Les forêts sans hésiter ! Leur préservation est vitale pour l'avenir de l'agriculture et donc pour nourrir l'humanité. Les forêts, je le répète, jouent un rôle majeur dans la régulation de l'eau disponible. Pour un paysan pauvre, la présence d'eau régulière pendant plusieurs mois dans l'année fait toute la différence, car il peut faire deux récoltes. C'est un mauvais calcul de penser qu'en coupant des arbres pour créer des champs, un pays va accroître ses capacités agricoles. Haïti a détruit sa forêt et, au bout de quelques années, 40 % de ses terres productives ont disparu laminées par l'alternance des épisodes de sécheresse et d'inondation. Le problème est qu'aucun décideur public ne connaît ce prix de la forêt. Nous voulons combler cette lacune. |