Les remèdes traditionnels menacés par la vente sur internet

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Écrit par Anne MARQUETTE   
19-06-2008

NANCY (France), 10 juin 2008 (AFP) - Quand le marché mondial s'enflamme pour les vertus thérapeutiques d'une plante de l'Himalaya, moins de trois à quatre ans peuvent suffire pour qu'elle disparaise à grande vitesse.se de la surface de la Terre.


"Pour certaines d'entre elles, le temps qu'on mette les mesures de contrôle en place il sera trop tard", prévient Jacques Fleurentin, ethnopharmacologue français, évoquant le cas de ces plantes utilisées de longue date au Tibet et en Chine, comme Cordyceps sinensis ou Rhodolia crenulata, que la commercialisation sur internet épuise à grande vitesse.

Anne Chaon
Anne Chaon, Responsable du Service Environnement et Climat à l'AFP

Déjà le ginseng sauvage, dont la Chine fait un usage intensif, ou l'arnica qui guérit les plaies et les bosses, ont pratiquement disparu à l'état sauvage et ont dû être mis en culture.

Mais c'est plus largement la cas de toutes les plantes aux vertus stimulantes: "Dès que les entreprises chinoises ou américaines les commercialisent et qu'elles sont vendues sur internet, on paye des récolteurs pour aller les chercher en grande quantité", a-t-il indiqué lors des premiers Entretiens de la biodiversité qui viennent de se tenir en Lorraine, dans l'est de la France.


Le prix de Cordyceps sinensis, champignon tibétain traditionnellement utilisé contre la toux et les difficultés respiratoires des vieillards, a été multiplié par 2000 en Chine depuis 1975, pour atteindre 4.000 euros les 500 grammes en 2005.
Tapez "Cordyceps sinensis": Google affiche 128.000 réponses qui renvoient pour la plupart à des sites de vente en ligne vantant ses vertus sur les reins, les poumons et les lombalgies...

Le succès de Rhodolia crenulata contre les maladies liées au froid (14.500 entrées sur Google) est tout aussi préoccupant.
"Les quantités concernées sont absolument inconnues", relève le Dr Fleurentin. Quant aux flux financiers générés par ce commerce, ils font actuellement l'objet de recherches universitaires, dit-il. Mais selon une étude publiée dans le Bulletin de la Société française d'Ethnopharmacologie, qu'il préside, "le nombre d'intermédiaires financiers pour la commercialisation du Cordyceps peut aller jusqu'à sept".
Depuis 40 ans, ce pharmacien piqué de botanique mène des enquêtes de terrain sur les pentes du Tibet et dans les vallées du Yémen, pour connaître, partager et protéger la diversité des pharmacopées traditionnelles.

"Dans les pays du Sud, 80% de la population se soigne par les plantes faute de choix. Mais il y a un risque réel d'appauvrissement de la biodiversité quand la mondialisation s'en empare", note-t-il. Seules 20% des plantes médicales utilisées dans l'Union européenne sont d'origine européenne.

"Il y a vraiment urgence à recenser et estimer la rareté; comprendre comment ça marche et tester l'efficacité (prouvée trois fois sur quatre, insiste-t-il); conserver in et ex situ et apprendre comment cultiver ces plantes médicinales pour produire des médicaments bon marché".
Le ginseng est désormais produit à grande échelle en Asie et en Amérique du nord. "Les plantes cultivées n'ont pas nécesairement les mêmes vertus que les sauvages: à l'industriel de vérifier les conditions de cultures, d'altitude, de terrain..."

La nécessité, insiste-t-il encore, est de passer de la tradition orale à l'écrit, de laisser une trace afin d'empêcher les entrepreneurs du Nord de breveter ces usages traditionnels.

Avec l'Institut européen d'Ecologie (IEE), il a monté un réseau en Afrique pour mener ce recensement, que d'autres et notamment des ONG conduisent sur d'autres continents. "L'objectif est d'arrêter une stratégie unique, respectant les savoirs et les droits de propriété, en s'appuyant sur les ethnologues. Nous voulons arriver à une liste de 400 à 500 plantes".

 

Par Anne Chaon (AFP) 

 
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