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Soumises à de multiples pressions, les plantes broient du noir. Les Entretiens de la biodiversité y ont consacré leur 3e journée hier à Nancy, autour du botaniste Jean-Marie PELT.
Lorsqu'il n'y aura plus d'abeilles, il n'y aura plus d'humanité. Pour paraphraser Einstein, Jacques FLEURENTIN est de ceux qui pensent que la disparition des plantes précipitera celle des hommes. Certes, l'humanité a encore de beaux printemps devant elle. Mais le président de la société française d'ethnopharmacologie préfère prévenir que guérir : les multiples agressions provoquées par l'activité humaine doivent être placées sous contrôle. Sinon gare. Face à la prédation, le droit international ferait bien de généraliser le principe de "règlement de non usage". Exemple : pour freiner la déforestation, dédommager les collectivités afin qu'elles assurent elles-mêmes la préservation de leur milieu.
Outre leur interaction permanente sur leur environnement, les plantes offrent à l'homme - et aux animaux qui, comme les chimpanzés, savent se soigner - leurs vertus médicinales. Chaque année en Europe, où environ deux mille variétés sont utilisés à cette fin, entre vingt mille et trente mille plantes sont récoltées. A l'échelle internationale, 28 000 sont inscrites à la convention de Washington, bénéficiant ainsi de la protection des 117 pays qui ont ratifiée le texte. pourtant, on n'a pas fini de déplorer les effets du commerce internet sur les niches écologiques. Le seul rhodolia crenulata, un antitumoral du Tiber en voie d'extinction, compte près de 900 entrées sur la toile ! En Europe, 150 espèces sont menacées de disparition, en raison de leur surexploitation. En Lorraine, 216 plantes font l'objet de mesures de protection. Connues pour soigner les bobos de nos enfants, l'arnica a failli disparaître des ballons vosgiens. Toujours menacée, elle retrouve de son éclat grâce à la campagne de sensibilisation envers le grand public.
Trame verte
A l'image de sa biodiversité, la France dispose d'un patrimoine végétal exceptionnel. Grâce notamment à ses territoires d'outre-mer. Couverture à 95% par la forêt, la Guyane française abrite cinq mille espèces végétales dont 1200 arbres. Fort heureusement, cette France du bout du monde veille jalousement sur son or vert. L'enjeu est de taille. "La forêt boréale, souligne Jacques FLEURENTIN, recense 15 espèces d'arbres à l'hectare contre 300 arbres pour la forêt équatoriale". L'orateur en profite pour balayer au passage quelques idées reçues : "La biodiversité urbaine est souvent plus riche que celle des campagnes", expose-t-il sous l'oeil bienveillant de son mentor Jean-Marie PELT. C'est un fait : en agglomération, les ruches produisent davantage. non seulement les citadins multiplient les carrés de jardins dignes de la chanson de Trenet, mails ils rechignent désormais à recourir aux produits polluants. Les employés des parcs et jardins ont fait, eux, une croix sur les pesticides. "La ville de Munich a réussi à protéger sa zone de captage d'eau potable en la convertissant en agriculture biologique. Ce qui lui permet de servir au robinet un eau pure, dénuée de tout traitement et à pun prix défiant toute concurrence", illustre le botaniste.
A contrario, les campagnes offrent encore le spectacle d'étendues privées de haies, à mettre au compte d'une agriculture intensive accusée de laminer la diversité des espèces. D'où l'option retenue par le Grenelle d'instituer des trames vertes - initialement dénommés corridors écologiques. objectif : permettre aux essences de se frayer un chemin vers le futur. pour que les plantes n'aient plus les abeilles.
Xavier BROUET Le Républicain Lorrain - Lundi 9 juin 2008
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